dimanche 22 novembre 2020

Ecrire pour être lûe ou la question de ce qu'est être artiste...

Je finissais mon dernier article sur "Qu'est-ce qu'un écrivain sans lecteurs"? Et j'avais envie de revenir dessus. D'autant que j'ai été confrontée à cette question jeune adolescente et que depuis que j'écris "pour être lue" je me la pose par salve... Alors cher lecteur, voici un petit billet...

Jeune ado, j'avais fait la connaissance, durant mes vacances, d'une femme totalement sulfureuse pour moi puisque "new-yorkaise, ayant vécu des aventures incroyables comme se retrouver dans une tempête de neige en sortant du métro alors qu'il faisait 30°(l'univers m'a entendue et j'ai connu ça quelques années plus tard à Montréal et c'était magique et tout à fait "glaçant") ou se faire piéger par un "space-cake" (ouf j'en ai réchappé!)".  Vivant avec une mère digne d'une héroïne d'Almodovar je ne vois pas au fond pourquoi elle me paraissait sulfureuse mais l'herbe est toujours plus verte ailleurs et la cinématographie était pour beaucoup dans mon cas (à l'époque j'étais notamment fan de Woody Allen, pas très original)... Toutefois le principal n'était pas son origine géographique mais sa profession puisqu'elle était ... "écrivaine" (à l'époque non féminisée puisqu'il y avait eu purge)... C'était pour moi tout à fait enthousiasmant puisque je dévorais les livres et écrivais... Mais cette première rencontre avec une autrice  fut bizarre. Non seulement je n'avais pas à faire à une autrice reconnue genre JK Rolling ( je vous arrête c'était bien avant Harry Potter) et surtout elle affirma un fait qui réfute l'idée qu'un écrivain ait besoin de lecteurs. La chère inconnue qui devait avoir une quarantaine d'années, me dit qu'elle ne cherchait pas à être publiée, ne l'était pas et se fichait d'être lue. Pourtant elle n'écrivait pas que son journal et elle se définissait comme écrivaine. C'était pour moi incompréhensible et je crois quand même que cela reste paradoxal... Et pourtant... 

 

Arriverai-je à m’expliquer ? Pas sûre, mais je me lance... La création (car au fond ce n'est pas que l'acte d'écrire) ne demande pas un public, elle n'est pas commandée ni dictée par un public pour être plus précis. La création n'est pas de la standardisation. La création est unique, inhérente à son auteur. Créer est un besoin, une nécessité incontournable. C'est ainsi que nombreuses méthodes de bien être, développement personnel ou de thérapie comme l'art-thérapie, le journal créatif (...) se développent dans nos contrées où notre âme est en souffrance. Et bien sûr que ça marche ! Mais si l'on tient un journal créatif est-on artiste? Ma réponse sera double "oui" et "non". Oui car notre âme a besoin de s’exprimer grâce à notre enfant artiste intérieur. Nous sommes foncièrement tous artistes. Pour autant  ce n'est pas parce que je tiens un journal ou j'écris des histoires que je suis autrice. 

 

Qu'est-ce qui fait que l'on se définisse comme « artiste » ? Est-ce de rendre publique et donc d’avoir un public ? Je ne crois pas non plus, même si ce n'est pas totalement vrai. Je crois que ce qui définit être « artiste » revêt un caractère qui n’est pas « à la mode actuellement car pourvu de relents dramatiques » mais qui me semble juste et qui se résumerait à: "je ne peux pas faire autrement et si je fais autrement je peux en mourir car je perds de vue mon âme". Créer est une chose sérieuse même si on peut énormément s'amuser quand on autorise notre enfant artiste à se déchaîner eheheh! (mais pas que...) La création endosse non seulement un caractère vital (je parlais de "respirer" dans l'article précédent) mais demande aussi de payer un prix pour elle. Et ça ce n’est pas à la mode dans notre société où tout doit être léger comme une bulle de champagne… Pour l’acte de création, on peut aller jusqu'à sacrifier pas mal de choses dont notamment des relations d'amour (amitié, partenaire, familiale). Ce sacrifice peut être de temps (moins de temps de partage avec ceux que l'on aime par exemple...) mais cela peut amener à des distanciations (vos parents ne comprennent pas, par exemple, que vous ne fassiez pas un métier sérieux) voire à des ruptures (si par exemple votre compagnon/e refuse que vous écriviez)... Je n’irai pas jusqu’à dire que l’on peut sacrifier sa vie mais quand on voit certains auteurs comme Salman Rushdie on peut le penser. Du reste, l’acte de création princeps qui est pour moi l’accouchement (tiens donc ?) est un acte douloureux et peut entraîner encore maintenant la mort, n’en déplaisent aux pourfendeurs de la science qui refuse la mort, comme si vivre ne renfermait pas le Léthée…

Créer n'est donc pas une affaire de public mais un acte essentiel pour l’âme et pour certains fous et folles dont je fais partie créer nous amène à des « sacrifices ». Mais en même temps et c’est là où le paradoxe entre en jeu, créer est un acte d’offrande et d’offrande à l’autre (pour certains dont je fais partie cela va plus loin c’est aussi à l’univers). Et qui est l’autre si ce n’est le public, le lecteur (…) ? Et là ça se corse car par exemple pour l’écrivain, il faut aussi prendre en compte son lecteur. Virginie Lou dans ses ateliers d’écriture (auxquels j’ai participé et qui m’a énormément aidée à progresser) formulait ce fait, qui pour moi est acquis : « le lecteur est sur votre épaule quand vous écrivez ; ne l’oubliez pas ! » De façon très schématique : Il ne suffit pas d’écrire mais aussi d’être lue…n’est-ce pas un casse-tête que je vous ai donné ? Je pourrai continuer encore mais après deux heures passées sur cet article je m’arrête là… Pour cette fois…




3 commentaires:

  1. Le lecteur prend ta relève, quand ton oeuvre est achevée. Ta magie a opéré et elle emporte le lecteur dans un incroyable voyage, par des sentiers que ton imagination a tracés... C’est un passage de relais...

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  2. oh un grand merci Clotilde j'adore cette idée de "passage de relais"!!!!

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